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07 septembre 2026

Altarea et Praemia mettent fin à leur conflit : 60 millions d'euros pour renforcer les fonds propres du groupe

Après plusieurs années de bataille judiciaire, Altarea et les actionnaires du groupe Praemia, anciennement Primonial, mettent définitivement fin à leur différend.

Les deux parties ont conclu un accord global à l'issue d'une médiation conventionnelle. Il prévoit notamment le versement par Altarea d'une indemnité transactionnelle de 10 millions d'euros aux actionnaires-managers concernés.

Mais l'accord comporte un deuxième volet particulièrement intéressant pour le marché de la gestion immobilière. Altarea va également investir 60 millions d'euros dans Praemia, via la souscription d'actions de préférence.

Une opération qui vient renforcer les fonds propres du groupe dans une période encore délicate pour une partie du marché des SCPI.

Une bataille judiciaire qui remontait au projet de rachat de Primonial

Le différend trouve son origine dans le projet de rapprochement entre Altarea et Primonial, devenu depuis Praemia.

En 2021, Altarea avait signé un protocole visant à acquérir Primonial pour environ 1,9 milliard d'euros.

L'opération n'avait finalement pas abouti.

S'en était suivie une longue bataille judiciaire entre Altarea et les anciens actionnaires et managers de Primonial.

Comme le rappelle Les Échos, les prétentions financières avaient progressivement pris une ampleur considérable au cours de la procédure.

En février 2025, le tribunal avait donné largement raison à Altarea. Les actionnaires de Primonial avaient ensuite fait appel.

L'affaire était donc toujours pendante devant la Cour d'appel de Paris.

Une médiation met définitivement fin au contentieux

Les deux parties ont finalement privilégié une médiation conventionnelle.

L'accord annoncé fin août met définitivement un terme aux procédures.

Altarea et les actionnaires de Praemia renoncent réciproquement aux actions judiciaires en cours ainsi qu'à leurs demandes d'indemnisation.

Ils s'engagent également à ne pas engager de nouvelles procédures concernant les faits à l'origine du litige.

Point important : aucune faute n'est retenue contre les parties et aucune d'entre elles ne reconnaît de responsabilité.

L'accord permet donc de solder le dossier sans poursuivre plusieurs années supplémentaires de procédures judiciaires.

Altarea verse une indemnité de 10 millions d'euros

Le premier volet financier de l'accord concerne une indemnité transactionnelle de 10 millions d'euros.

Cette somme est versée par Altarea au bénéfice des actionnaires-managers concernés par le litige.

Le montant apparaît relativement limité lorsqu'il est replacé dans le contexte des demandes formulées pendant la procédure.

Mais ce n'est probablement pas le volet le plus important de l'accord pour Praemia.

Altarea injecte surtout 60 millions d'euros dans Praemia

Parallèlement au règlement judiciaire, Altarea va apporter 60 millions d'euros de fonds propres à Praemia.

L'opération prendra la forme d'une souscription à des actions de préférence sans droit de vote.

Ces titres bénéficient toutefois d'un droit de liquidité préférentielle et de dividendes préciputaires, c'est-à-dire prioritaires selon les modalités prévues pour ces actions.

Le communiqué précise que cette opération ne modifie pas les orientations stratégiques de Praemia.

Altarea apporte donc du capital au groupe sans disposer, via ces actions, de droits de vote.

La situation est assez singulière : après plusieurs années d'affrontement judiciaire autour d'un projet d'acquisition avorté, Altarea devient finalement un investisseur financier de son ancien adversaire.

70 millions d'euros au total, mais deux opérations très différentes

Les deux montants annoncés ne doivent pas être confondus.

OpérationMontantDestination
Indemnité transactionnelle10 M€Actionnaires-managers concernés
Souscription d'actions de préférence60 M€Renforcement des fonds propres de Praemia
Montant financier total annoncé70 M€Deux opérations distinctes

Pour Praemia en tant que groupe, ce sont donc surtout les 60 millions d'euros de nouveaux fonds propres qui constituent l'information financière à retenir.

Cette somme vient renforcer son bilan et sa capacité à poursuivre sa feuille de route stratégique.

Une injection de capital qui intervient dans une période sensible

Le calendrier de l'opération mérite également d'être observé.

Le marché des fonds immobiliers traverse depuis 2023 une profonde phase d'ajustement liée notamment à la hausse des taux d'intérêt et à la correction des valorisations immobilières.

Certaines SCPI historiques rencontrent parallèlement des difficultés de collecte et de liquidité.

Les Échos souligne notamment la situation de Primopierre, l'une des principales SCPI gérées par Praemia REIM France, dont les valeurs ont fait l'objet de plusieurs ajustements.

Les dernières expertises au 30 juin 2026 ont d'ailleurs montré que les situations restent très différentes au sein même de la gamme Praemia.

Primopierre a enregistré une nouvelle correction significative de sa valeur de réalisation, tandis que des stratégies davantage diversifiées ou positionnées sur d'autres segments immobiliers ont mieux résisté.

Il serait donc excessif de généraliser les difficultés d'une SCPI à l'ensemble du groupe.

Praemia reste un acteur majeur de la gestion immobilière

Malgré cet environnement plus compliqué, Praemia conserve une taille significative sur le marché européen de la gestion immobilière.

Selon les données publiées par le groupe lors de l'annonce de l'accord, Praemia gère plus de 33 milliards d'euros d'actifs, répartis dans plus de 1 700 immeubles situés dans 12 pays.

Son patrimoine présente également une diversification sectorielle importante.

Le groupe indique que 63 % de ses actifs sont positionnés sur des segments alternatifs, notamment la santé, l'hôtellerie et le résidentiel. Les bureaux et commerces représentent les 37 % restants.

Cette répartition permet de nuancer la situation observée sur certaines SCPI de bureaux.

Pourquoi les 60 millions d'euros sont importants pour Praemia

L'apport d'Altarea peut être analysé comme une marge de manœuvre financière supplémentaire pour le groupe.

Il ne s'agit toutefois pas d'une injection directe de 60 millions d'euros dans les SCPI gérées par Praemia REIM.

La distinction est importante.

Les fonds sont investis dans le groupe Praemia par l'intermédiaire d'actions de préférence. Ils renforcent donc les fonds propres du gestionnaire et non directement le patrimoine de Primopierre, Primovie ou d'une autre SCPI.

Le communiqué ne précise pas non plus l'utilisation détaillée qui sera faite de ces nouveaux fonds propres.

Il convient donc d'éviter de présenter ces 60 millions d'euros comme une solution directe aux problématiques de liquidité rencontrées par certaines SCPI.

D'ancien acquéreur à nouvel investisseur

L'accord présente finalement un paradoxe intéressant.

En 2021, Altarea envisageait de prendre le contrôle de Primonial dans le cadre d'une opération valorisée autour de 1,9 milliard d'euros.

Cinq ans plus tard, cette acquisition n'a jamais eu lieu et les deux groupes ont passé plusieurs années devant les tribunaux.

Pourtant, le règlement du conflit aboutit aujourd'hui à une nouvelle relation financière entre les deux acteurs.

Altarea ne rachète pas Praemia. Mais le groupe investit 60 millions d'euros dans son capital économique au travers d'actions de préférence, sans droit de vote.

Une manière assez inhabituelle de conclure plusieurs années de contentieux.

Une page se tourne pour Praemia

Pour Praemia, l'accord permet surtout de supprimer une incertitude juridique qui persistait depuis plusieurs années tout en renforçant ses fonds propres.

Le groupe peut désormais concentrer davantage ses ressources sur les enjeux opérationnels auxquels fait face le marché immobilier.

La situation de certaines SCPI historiques restera néanmoins à surveiller au cours des prochains trimestres : évolution des expertises immobilières, collecte, demandes de retrait, arbitrages et repositionnement des patrimoines constitueront autant d'indicateurs importants.

La fin du conflit avec Altarea ne règle donc pas les difficultés du cycle immobilier actuel.

Elle permet en revanche à Praemia de tourner une page judiciaire tout en bénéficiant de 60 millions d'euros de fonds propres supplémentaires.

Et l'ironie de l'histoire est notable : cinq ans après avoir voulu racheter Primonial, Altarea devient finalement l'un des investisseurs financiers de Praemia.

Source : Deeptinvest d'après les echos du 7 septembre 2026